Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro (Roman historique)

Quand la révolte intérieure d’une reine se transforme en l’insurrection de tout un peuple…

Auteur : Jean-Laurent Del Socorro (biographie, page facebook de l’auteur)

Année : 2017

Editeur : ActuSF

Résumé : Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Une reine symbole de liberté

Peu connue en France, Boudicca (ou Boadicée) est un vrai symbole en Angleterre. C’est la figure de la reine forte qui refuse l’oppression de son peuple et la disparition de sa culture à cause de l’envahisseur romain. Elle est vue comme le « Vercingétorix Breton ».

On n’a d’elle que peu de descriptions, si ce n’est celles qu’en font le romain Tacite dans Agricola, et l’historien grec Dion Cassius. Mais ce sont souvent des informations orientées, les romains ayant cette tendance à décrire l’Histoire à leur avantage.

Dans ce roman, Jean-Laurent Del Socorro réalise sa biographie, en se basant sur des recherches historiques et en essayant de montrer les raisons qui l’ont poussées à se battre, avec quelques libertés créatives.

Le roman se présente en trois parties évoquant chaque moment d’évolution de la vie de Boudicca.

La première partie, « Fille d’Antedios » parle de son enfance : Enfant blessée par l’indifférence de son père, ayant causé la mort de sa mère à sa naissance, elle apprend la rhétorique auprès de son druide pour exprimer ses émotions et se libérer intérieurement. Souffrant de son statut de princesse, elle souhaite être elle-même. Son goût pour le maniement des armes, plutôt dédié à la caste des guerriers lui permet de trouver un équilibre.

La deuxième partie intitulée « Femme de Pratsutagos » évoque son rôle d’épouse et de reine. Libérée de son père, elle existe à présent aux côtés de son mari par un mariage arrangé. Elle devient mère de deux filles et décide de rester soumise aux décisions que son mari prend pour son peuple, malgré leurs désaccords. Mais face aux romains qui voient les femmes comme des êtres inférieurs, elle se bat pour ses acquis : être une reine et non la femme d’un roi.

Dans la troisième partie, « Reine des Icènes », elle est consacrée vraiment en tant que reine. Devenue veuve, elle est humiliée publiquement par les romains lors de la récolte d’une taxe. La révolte intérieure est devenue celle de tout un peuple. Elle part au combat pour son honneur mais aussi celui de tout son peuple.

Une incursion dans le monde des celtes

Jean-Laurent Del Socorro évoque avec justesse le quotidien des différents peuples celtes dans ce roman.

Par exemple, concernant les mariages entre rois et reines, il explique qu’un roi pouvait avoir une famille qu’il avait choisie, en dehors de son mariage d’alliance et donc avoir deux foyers. C’est le cas de Pratsutagos qui a déjà une famille avant de se marier avec Boudicca.

La polygamie est aussi possible pour les femmes. Ysbal, la garde du corps de Boudicca, en est un bon exemple : c’est  une femme-guerrière qui a trois maris.

On assiste à plusieurs cérémonies druidiques dans ce roman : mariage, fête païenne, élection d’un nouveau grand druide, consultation des dieux, mais surtout le rêve initiatique où Boudicca, comme son père avant elle, elle est droguée par Prydhain pour réaliser un rêve qui lui donnera des indications sur son avenir.

Les entraînements au combat de Boudicca et les guerres des celtes contre les romains nous donnent des renseignements sur leurs méthodes : utilisation de lances et de boucliers, combats rapprochés, tactiques romaines d’attaques ou de défense…

La difficulté d’entente entre les différents clans celtes est aussi évoquée.

Dans la première partie du roman, on assiste à un accord entre les rois et reines celtes pour apporter la paix entre leurs peuples et s’unir via une cérémonie où des épées et un bouclier sont lancés dans la rivière, en offrande aux dieux. Caratacos, fils d’un chef de clan ennemi, alors prisonnier de guerre du père de Boudicca, est libéré en signe de paix.

Plus tard, quand les celtes seront confrontés aux romains, cette alliance sera fragilisée et chaque roi ou reine prendra une direction différente : Certains rois accepterons des alliances en devenant des clients des romains, d’autres préféreront la guerre. D’autres encore, une alliance obligée mais dans laquelle la révolte gronde, telle celle de Boudicca.

Un style incisif, digne d’une nouvelle.

Dans ce deuxième livre, comme dans Un Royaume de Vents et de Colères, on retrouve le  style bien particulier de Jean-Laurent Del Socorro, où chaque mot est à sa place et bien pensé, aucune longueur permise.

L’auteur va droit à l’essentiel tout en restant subtil et historiquement juste.

Ce qui a pour conséquence que, du début à la fin, on reste captivé par l’histoire sans réussir à lâcher le livre. Et en le terminant, on se demande comment un livre aussi peu épais peu être tellement riche.

C’est une lecture rafraîchissante a contrario de certains auteurs de fantasy qui écrivent des romans fleuves, tels que Robin Hobb ou Terry Goodkind.

En conclusion : Boudicca n’est pas seulement un roman historique sur une reine celte, il nous apprend aussi à réfléchir sur notre propre comportement face à une situation qui nous révolte, et c’est là toute la subtilité de Jean-Laurent Del Socorro : utiliser une thématique historique qui trouve un écho à notre époque contemporaine de manière efficace et juste.

Cinq questions à Jean-Laurent Del Socorro (interview réalisée lors des Imaginales d’Epinal, en mai 2017) :

Portdragon :  On remarque dans Boudicca que vous vous exprimez à la première personne, contrairement à un Royaume de Vents et de Colères qui était un roman choral avec plusieurs personnages exprimant leur point de vue sur la même situation. Pourquoi changer de style? Un challenge d’écrivain?

JLDS : Dans mon premier roman, j’ai effectivement utilisé le montage singulier du roman choral car c’est une formule que j’affectionne et qui me correspond. Dans Boudicca, j’ai souhaité innover pour progresser, pour le challenge, mais aussi, parce que je voulais garder une ligne narrative cohérente. Le roman traite de Boudicca, par Boudicca elle-même. Il est donc normal qu’elle s’exprime à la première personne et que l’on suive son évolution à travers son propre regard.

Portdragon : Vous indiquez une bibliographie de références historiques liées à Boudicca en fin de livre, avez-vous effectué beaucoup de recherches sur Boudicca avant l’écriture du livre? Comme par exemple, le quotidien des Icènes ou des détails concernant maniement des armes?

JLDS : Je ne suis pas historien de formation, plutôt un scientifique. Néanmoins, il m’a semblé important garder une cohérence historique et aussi d’éviter les préjugés sur l’Histoire. On ne peut pas s’appuyer sur les séries TV car certaines d’entre elles ne sont pas toujours fiables historiquement parlant ( pour des raisons scénaristiques souvent). J’ai fait appel à un archéologue pour relire mon histoire mais aussi à d’autres personnes pour garder cette cohérence -même si moi aussi, je m’autorise des écarts ponctuels avec la réalité.

J’écris mes romans seul, puis je me fais relire par un groupe de relecteurs choisis et ce, pour plusieurs raisons.  Tout d’abord, j’aime le travail d’équipe, cela me permet de rompre avec la solitude de l’écrivain. Ensuite, je suis dyslexique. Par conséquent, mes correcteurs corrigent mes imprécisions orthographiques. Enfin, pour ce qui concerne Boudicca, il était difficile d’écrire et de parler à la place d’un personnage féminin étant un homme. Mes relectrices m’ont permis d’apporter les modifications nécessaires pour garder un ton juste.

Portdragon : Vous présentez Boudicca comme un roman historique où la fantasy est très légèrement présente. Est-ce plus facile pour vous d’écrire du roman historique que de la fantasy? A quand un roman de pure fantasy?

JLDS : J’ai besoin de matière historique forte pour écrire mes romans. Je préfère utiliser une référence historique qui a un écho dans notre époque contemporaine à travers la thématique qu’elle véhicule. Avec Boudicca, j’évoque la place de la femme dans la société mais aussi comment naît une insurrection. En ce sens, un roman de Fantasy pure me donnerait trop de travail. Il est plus facile pour moi d’introduire des éléments de fantasy dans mes romans. Je me définis plutôt cependant comme un auteur de genre (de roman historique).

Portdragon : Votre style, conçis et percutant, oscille entre le roman et la nouvelle. On sent que chaque mot écrit est pesé en vous lisant. Pensez-vous réussir un jour une saga en plusieurs tomes comme d’autres auteurs fantasy?

JLDS :  Mon style me vient de ma formation de scientifique, d’où une certaine épure dans mon écriture. Je me vois plutôt comme un expert technique. Quand j’écris, je ne raisonne pas en termes de saga, je me demande plutôt quel sera le bon format adapté à mon sujet.  Si je devais écrire une trilogie par exemple, je devrais écrire les trois tomes en une fois puis les retravailler par la suite pour garder mon style épuré.

Portdragon : A la fin de Boudicca, on découvre un extrait d’un autre livre qui évoque la récolte du Tea Party aux Etats-Unis. Est-ce le début d’une nouvelle aventure littéraire ou souhaitiez-vous simplement établir un lien avec l’histoire de Boudicca?

JLDS : J’ai l’impression d’avoir raté ce que je voulais faire avec cette nouvelle. Pour résumer, elle a deux buts. Tout d’abord, elle fait écho à Boudicca à travers la thématique de la révolte : des années après, dans un autre pays, les cendres de la révolte de Boudicca ne sont pas encore éteintes qu’une autre insurrection prend forme… Ensuite, j’ai souhaité terminer mon roman avec une note positive en montrant qu’une révolte initiée par de petites gens peu aboutir.

Nous tenons à remercier ActuSF pour l’envoi de ce roman en service de presse, mais aussi l’auteur d’avoir bien voulu répondre à nos questions en vue de cette chronique.

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