L’Appel du Dragon, Jean-Luc Bizien (Roman Fantasy)

Un dragon endormi, trois héros prêts à tout pour conquérir le trône et une intrigue dans la tradition des « Livres dont vous êtes le héros ».

L’appel du Dragon, Jean-Luc Bizien

Auteur : Jean-Luc Bizien (En savoir plus)

Editeur : ActuSF, Label Naos des Indés de l’imaginaire.

Année : 2017

Résumé : 

Tome 1 : L’Empereur-Mage se fait vieux. Il faut sans tarder préparer la relève et trouver les héros capables de repousser les forces des Ténèbres qui menacent la cité de Selenae. Kaylan, le jeune paysan, Sheelba la belle magicienne et Shaar-Lun, l’intrigant voleur ont décidé de tenter leur chance. Hélas pour eux, les épreuves sont effroyables. On raconte qu’aucun des derniers candidats n’est ressorti des souterrains de la ville. Pour devenir l’Élu, il faut triompher de redoutables épreuves et affronter ses peurs les plus secrètes.L’un d’eux parviendra-t-il à se hisser sur le trône et à empêcher le réveil du monstre qui sommeille dans les profondeurs de la terre ?

Tome 2 : Kaylan et Sheelba règnent sur Selenae. Et voici que naît leur premier enfant. Mais le sol bouge. Le Dragon est-il en train de se réveiller ?
Shaar-Lun, leur ancien ami, se serait-il fait complice des forces des Ténèbres ? Pour sauver Selenae, son épouse et son fils, le jeune empereur n’a pas le choix : il doit retourner dans la gueule du Titan…

Notre avis :

Un roman initiatique : quête et apprentissage du héros.

Ce roman (ou ces deux romans en un) regroupe tous les codes d’un roman initiatique : prophétie, initiation, épreuves, histoire d’amour, rebondissements, traîtrises, monstres et grands méchants, dénouement heureux…

Sheelba, Kaylan et Shaarlun se retrouvent embarqués dans une aventure pour devenir empereur, certains par défi, d’autres par contrainte et subiront des épreuves qui les feront grandir, devenir adultes et trouver un sens à leur vie.

Jean-Luc Bizien maîtrise parfaitement le genre étant donné qu’il est l’auteur de nombreux livres « dont vous êtes le héros » ainsi que des jeux de rôles et cela se ressent sur son écriture.

Cela a pour conséquences une très grande fluidité de lecture, de nombreuses scènes d’action, des rebondissements inattendus, mais aussi un manque de profondeur dans la construction des personnages qui sont plutôt stéréotypés : la mage, le chevalier, le voleur et poussent le lecteur à imaginer leurs sentiments, leur origines (surtout pour Sheelba)

Un triangle amoureux : Sheelba aime Kaylan et aussi Shaarlun. Qui va-t-elle choisir?

Tout le premier tome est consacré à l’élection du nouvel empereur à travers une série d’épreuves initiatiques dans les souterrains du dragon. Mais pas que !

Un triangle amoureux se dessine entre Kaylan le chevalier intrépide et irréfléchi, Sheelba l’apprentie magicienne timide et Shaarlun le voleur mystérieux.

La jalousie des garçons et l’indécision de Sheelba à choisir son favori va influer sur l’intrigue principale tout au long du récit et mènera parfois à des actions inattendues.

Cependant, ici tout reste bien chaste contrairement aux épreuves auxquelles sont confrontées les héros, qui sont elles à la limite du gore.

Le dragon, un personnage à part entière qui recèle encore bien des mystères…

Bien qu’évoqué en filigramme, le dragon tapis sous la ville de Selenae est un élément très important dans les deux tomes.

C’est dans ses galeries qu’évoluent les héros dans le premier tome. C’est en lui que va vivre Shaarlun dans le second tome, à en perdre son humanité.

Tout contact physique avec le dragon modifie les personnages : Kaylan vieillit prématurément, Shaarlun devient un démon, l’enfant de Sheelba revient transformé mystérieusement.

En cela, on peut comparer le dragon à une métaphore  du temps qui passe, aux évènements qui nous transforment, à la maturité peut-être ? Dans le second tome,  Kaylan évoque son évolution  : d’irréfléchi, il est devenu plus posé au contact de Sheelba.

Mais au delà de la métaphore, le dragon n’a pas livré tous ses secrets : le mage Arh’En’Dal évoque un réveil du dragon sous la ville et la destruction du monde. Mais il n’en dit pas encore assez à Kaylan sous prétexte qu’il n’est pas « prêt » et à nous aussi, par la même occasion.

Par ailleurs, le tome deux s’achève sur un élément de suspense autour du dragon et du bébé de Sheelba qui nous donne envie de lire la suite. Peut-être aurons-nous plus d’éclaircissement encore dans un troisième tome ?

En conclusion : Ce roman est idéal pour initier un adolescent à la Fantasy tant au niveau de l’intrigue que de la longueur de ses pages. Un adulte déjà connaisseur du genre passera un bon moment de lecture mais il sera peut-être en attente de plus d’épaisseur au niveau des personnages ou de l’intrigue.

INTERVIEW

Jean-Luc Bizien.
photo par Jean Emmanuel Aubert

Quelques questions à Jean-Luc Bizien sur son livre :

Portdragon : « Avec l’Appel du dragon, vous rééditez en 2017 et en un volume deux tomes de la série des Empereurs Mages, une série de trois romans pour adolescents que vous aviez publiée en 2000. Pourquoi maintenant ? Pensez-vous écrire une suite? ( NB : le volume réédité comprend les tomes 1 et 2 de la série, il reste un troisième tome non-réédité). »

Jean-Luc Bizien :  » J’ai repris il y a quelque temps ces romans. Je les ai feuilletés avec un certain plaisir, avant de jeter des notes sur mon clavier. L’envie d’écrire une suite à la trilogie m’est venue, comme une évidence. Ne me manquait qu’un éditeur. J’ai soumis le projet à Jérôme Vincent d’ActuSF, qui s’est montré enthousiaste. Je suis ravi de pouvoir travailler avec lui. J’aime sa rigueur, sa passion, sa vision de l’édition. Il est extrêmement créatif et réactif (à mille lieues de certains petits marquis du livre, qui hésitent pendant des mois en exécutant une danse grotesque avant de se lancer à reculons dans un projet qu’ils ne défendront pas, au final). Jérôme dit « oui » ou « non », mais il agit en conséquence. C’est lui qui a eu l’idée de réunir les deux premiers romans en un seul tome. Je lui fais totalement confiance. Le troisième titre sortira effectivement accompagné d’un quatrième, inédit celui-là. »

Portdragon : « Vous êtes plus connu comme auteur de romans policiers pour adultes que d’Héroïc Fantasy pour adolescent. Comment passe-t-on d’un genre à un autre? Un challenge ? Une envie d’évoluer? Ou pensez-vous que c’est complémentaire ? »

Jean-Luc Bizien :  » C’est amusant de constater qu’aujourd’hui une majorité de lecteurs pensent que je me tourne vers l’écriture pour la jeunesse, après avoir longtemps publié pour les adultes. La vérité, c’est que j’ai COMMENCÉ par le jeu de rôle en 1988, puis la jeunesse. J’ai publié des livres-jeux dès 1995, aux éditions Gründ (près de 70 titres parus, pour un total de vente de deux millions et demie d’exemplaires). Je suis ensuite passé à la fantasy pour adolescents et enfin au thriller, grâce aux conseils avisés et au soutien de Serge Brussolo (un fabuleux auteur, doublé d’un immense bonhomme).Il se trouve qu’en France on ne retient pas les noms des écrivains, surtout en jeunesse. Les lecteurs de thrillers sont un peu plus sensibles au patronyme des auteurs, c’est sans doute pour cela que je suis aujourd’hui identifié comme un auteur de thrillers. Ils sont rares, parmi les libraires ou les éditeurs les plus jeunes, à savoir que j’ai publié de la jeunesse pendant plus de 20 ans. Reprendre la série des Empereurs-Mages n’est pas un challenge, mais une véritable envie : j’aime raconter des histoires et je veux aller au bout de celle-ci. L’Envol du dragon, le tome 3, s’achevait de manière abrupte et j’étais depuis lors  curieux de découvrir la suite. De plus, changer de public, de rythme, de style est pour moi un véritable bonheur. J’ai ainsi la chance d’exercer ce métier sans jamais tomber dans un « train-train » qui serait étouffant à la longue. »

Portdragon : « Dans chaque tome de cette série, vous choisissez d’introduire un retournement de situation à un moment du récit. Est-ce une méthode d’écriture qui vous convient le mieux? Un moyen de bousculer le lecteur ? »

Jean-Luc Bizien : « C’est, je crois, l’un des incontournables du genre : la surprise, le rythme, les rebondissements successifs sont nécessaires – en tous cas, c’est ma vision de la fantasy. Je reste persuadé que ce genre se prête à tous les excès, jusqu’à offrir un jeu entre l’auteur et le lecteur. Mon travail consiste à vous garder en éveil, en alerte. Vous faire oublier l’effort de la lecture est pour moi la plus belle des récompenses – surtout chez les ados. Quand je commence un roman, je ne connais que la scène d’ouverture et la scène de fin. Je sais beaucoup de choses de mes personnages. Je n’ai plus qu’à les regarder faire et le récit découle de leurs choix et de leurs actions. Ces « retournements » participent probablement de ma musique personnelle, de mon tempo. J’éprouve le besoin de surprendre le lecteur… mais aussi de ME SURPRENDRE, ce qui se produit assez souvent. »

(ATTENTION ZONE SPOILERS)

Portdragon : « Le premier tome de cette série décrit un triangle amoureux entre Kaylan, Shaarlun et Sheelba. Que se serait-il passé si Sheelba avait choisi Shaarlun ? Aviez-vous prévu une histoire différente avec Shaarlun comme époux ? »

Jean-Luc Bizien : « Je suis au regret de l’avouer : je n’en ai aucune idée. La question me fait sourire et, au vrai, m’intrigue aussi parce que je ne me la suis jamais posée. En commençant ce livre, j’avais une vision très précise de ce que les héros étaient, d’où ils venaient et de ce qu’ils avaient vécu avant d’arriver là. Ce qui se passe au fil de l’aventure me semble donc naturel – je jure n’en être pas totalement responsable ! »

Portdragon : « Dans le deuxième tome, Kaylan subit des épreuves abominables au coeur des souterrains pour atteindre Shaarlun. Où trouvez vous l’inspiration pour décrire ces obstacles dignes de la torture? Est-ce que vous aimez torturer vos personnages? »

Jean-Luc Bizien : « Pas du tout. Je suis plutôt doux et calme dans la vie – au moins, jusqu’à un certain point. Même si j’écris des histoires de psychopathes, de meurtres en série, de sorciers défiant les forces du Mal et basculant dans les ténèbres… mon psy va bien, merci pour lui ! Je vais chercher ces idées dans l’espoir de faire peur au lecteur, de le faire frissonner, de créer une forme d’empathie avec les héros. Pour ce faire, rien n’est plus simple : ce qui me fait peur, si je ne triche pas, doit faire peur au lecteur. Je joue donc à me faire peur, à évoquer ce qui m’inquiète, ce qui me fait rire ou me pose question. Mon travail consiste ensuite à trouver les mots justes, pour partager au mieux les divers sentiments avec ceux qui me lisent. (Et je jure solennellement n’avoir pas de dragon dans mon grenier, ni m’adonner à l’élevage de monstres.) »

Portdragon : « Toujours dans le deuxième tome, Kaylan se pose des questions sur son rôle de souverain et sur son évolution avec l’âge. Est-ce un clin d’oeil que vous  faites au lecteur (ou à vous-même) sur le fait de mûrir? »

Jean-Luc Bizien : « Bien sûr. J’ai écrit ce livre il y a presque 20 ans, j’étais alors un trentenaire qui commençait à publier, dans l’espoir de vivre de sa plume. J’avais déjà exercé plusieurs métiers, vécu des vies différentes ici ou là. Je découvrais ce territoire inconnu .C’est à la fois un clin d’œil, et une forme d’avertissement aux lecteurs adolescents : on n’a qu’un vie, qu’il convient de vivre pleinement tout en mesurant les conséquences de ces actes. Je n’ai pas pour autant peur du temps qui passe. Je crois qu’on choisit mon métier (il faudra un jour faire reconnaître « auteurs de thrillers et de fantasy » comme un véritable métier) non pas parce qu’on refuse de grandir… mais parce qu’on a décidé, une fois pour toutes, de BIEN VIEILLIR. »

Portdragon : « Tournons-nous vers l’avenir de cette série. Quelques mystères subsistent autour du passé de Sheelba et de Shaarlun. Pensez-vous écrire une préquelle à ce récit un jour? »

Jean-Luc Bizien : « J’aime laisser planer quelques doutes. La fantasy est un genre dans lequel on a trop tendance à vouloir tout expliquer, tout justifier. En laissant le lecteur s’approprier mes personnages, je lui accorde ma confiance et je ne bride son imaginaire d’aucune manière. Ce livre, une fois entrouvert, ne m’appartient plus. C’est celui de chaque lecteur, qui en fera ce que bon lui semble. Je ne formule qu’un souhait : que le récit fasse passer un bon moment à tous ceux qui choisissent de s’y plonger. Quant à écrire une préquelle… l’idée est séduisante. Il me faudra juste trouver le temps, parce que j’ai de nombreux projets, tant en direction des adultes que des adolescents. Une chose est sure : je sais EXACTEMENT quels thèmes aborder pour l’occasion. Le titre de travail est déjà trouvé. Ce sera « le Sang du Dragon », mais je n’en dirai pas plus. Pour l’heure, l’important est d’achever le tome 4… et peut-être, en écrivant le mot « FIN », de laisser entrevoir la possibilité d’une nouvelle saga. Qui sait ? »

Nous tenons à remercier Jean-Luc Bizien d’avoir eu l’amabilité de répondre à nos questions ainsi que les éditions ActuSF pour l’envoi en service de presse de ce livre (Gros merci à Jérôme Vincent ! ). Merci de votre confiance et de nous aider à promouvoir la littérature fantastique. 

Ce contenu a été publié dans bibliothèque, littérature, Roman fantasy, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *